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© Rosinski - Van Hamme / Le Lombard 2004

Kriss de Valnor
28ème album

Première parution : octobre 2004


Seul, encore.
Depuis plusieurs semaines, il est seul sur ce caillou desséché. Il survit au poison, à la faim, à la soif et aux nuits glacées.
Il lui reste la vie, il lui reste l'espoir.

Bien loin de là, un enfant s'agite dans son sommeil. Il rêve d'un homme, à cheval sur une monture à la corne magique.
Son père.

Suite de "Le Barbare".

Longuement attendu... Voilà un album qui ne laisse personne indifférent !

Jean Van Hamme avait promis des surprises, nous voilà servis ! Tout d'abord, même si ce n'est pas la première fois, il est toujours original qu'un album s'attarde davantage sur les "seconds rôles" que sur son héros (c'était déjà le cas dans "Alinoë" ou "La Marque des Bannis"). La fuite de Thorgal apparaît donc comme un fil rouge de l'histoire, parfaitement parallèle à la fuite de Kriss et Aaricia. Comme annoncé, Thorgal ne prononce pas un mot... si ce n'est dans les rêves de son fils.

Appel au secours du père ? Aide des dieux ? Développement nouveau des capacités de Jolan ?
Ces rêves servent de lien entre le père et le fils, entre les deux histoires qui se croisent dans l'album. La licorne a une signification forte, elle donne au rêve une dimension prémonitoire : Jolan ne fait pas que rêver de son père, il perçoit le futur et retrouve ainsi Thorgal.
La licorne était, au Moyen Age, souvent considérée comme un animal réel. A cause d'une erreur de traduction de l'hébreu, elle était mentionnée dans la Bible ! Son existence est confirmée par les manuels de zoologie jusqu'au XVIIIème siècle. On lui donnait des capacités thérapeutiques, notamment grâce à sa corne qui pouvait, paraît-il, guérir les empoisonnements... Ces capacités magiques justifient sa présence dans l'histoire : elle symbolise ainsi la guérison de Thorgal, sa lutte contre le poison d'Héraclius.

Deux représentations de la licorne sont présentes dans l'album. Dans l'esprit de Jolan, elle apparaît idéalisée, magnifique cheval blanc à la longue corne torsadée. C'est la représentation populaire classique de la licorne. Sur le fronton de l'hospice où Jolan trouve Thorgal, la licorne est représentée à la mode antique : plus chevreau que cheval, longue corne frontale, barbiche de chèvre et queue de lion. Il s'agit donc d'un animal composite, comme le griffon, le centaure ou le sphinx.

Cet album démontre un net regain d'intérêt de la part de ses deux auteurs. On peut dire que Rosinski atteint ici un point d'équilibre dans son travail, entre les attentes des lecteurs et son plaisir d'artiste. Ce n'est plus, visuellement, aussi détaillé et précis que dans le passé, mais la réussite graphique est incontestable. Le dessinateur s'est notamment appuyé ici sur un encrage prononcé, au pinceau, pour jouer avec la lumière de façon convaincante. Certaines cases sont quasiment noires, de nuit ou dans la mine !

Autre nouveauté : depuis le 22ème album, "Géants", le lettrage est informatique et uniforme. La série change à nouveau de lettrage avec cette fois des lettres plus petites auxquelles il faut s'habituer (surtout si on relit un autre album juste avant). L'avantage ? Les bulles sont plus petites et laissent plus d'espace au dessin.

"Kriss de Valnor" pouvait être acheté avec un portfolio contenant cinq ex libris. Vous pouvez les voir avec ce lien.

Globalement, le dessin est plus fin et plus précis que dans l'album précédent. Les personnages et décors d'arrière-plan sont plus détaillés. Rosinski varie les angles de vue, s'éloigne ou se rapproche de ses personnages, n'hésitant pas à faire des gros plans sur les visages (rares dans la série).

Enfin, bien sûr, on ne peut parler de cet album sans évoquer le retour marquant et attendu de Kriss de Valnor. Cet album est le sien : il a son nom, sa couleur (le noir !), sa fougue... La belle Kriss a changé, a mûri. Elle est femme, elle a porté un enfant, et ne vit plus seulement pour elle-même. Elle fait des concessions et cherche davantage à se préserver et à aider ceux qui l'entourent. Elle reste une provocatrice quand même ! La scène de saphisme avec Aaricia, surprenante et presque gratuite, entre dans la légende du personnage. Est-ce de la provocation pure ? Une réelle bisexualité ? Un moyen comme un autre de chercher à dominer son ex-rivale ? En tout cas, Rosinski et Van Hamme se sont, chacun dans leur spécialité, bien fait plaisir.

L'histoire se termine par la disparition de la belle guerrière. Le titre de l'album laissait peu planer le doute. Elle disparaît... mais est-elle morte ? A l'évidence oui... Mais Thorgal a survécu au poison, aux blessures, à un assassinat même. On ne voit pas Kriss mourir, son cri ("YAAAAAAAAHHH !") ressemble peu à un cri d'agonie, son corps disparaît dans les éboulements. Alors, bien sûr, elle ne reviendra certainement pas. Mais le scénariste s'est donné les moyens de la faire revenir. Et de nous laisser douter !

La suite dans "Le Sacrifice"...



Une scène aussi improbable... qu'inévitable.
Elle résume le lien profond qui unit deux femmes que tout devrait séparer.

« Approchez, bande de pleutres !
Je suis Kriss de Valnor et aujourd'hui,
j'entre dans la légende ! »

Kriss de Valnor


L'avis des visiteurs
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Très bon album
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