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© Rosinski - Van Hamme / Le Lombard 1995

La marque des bannis
20ème album

Première parution : janvier 1995


Elles attendent.
Depuis des heures... Depuis des jours.

Elles ont l'habitude. C'est le rôle de la femme, d'attendre l'homme. Elles l'ont déjà fait, et leurs mères, et les mères de leurs mères avant elles.
Mais aujourd'hui, un sentiment étrange plane sur les femmes des Vikings du nord. Une impression de vide, d'absence, inhabituelle et dérangeante, plus forte que ce qu'elles n'ont jamais connu.

Bah ! Demain, ils seront là.

Suite de "La Forteresse invisible".

Un album dur, violent, âpre, superbe... Sans Thorgal...
"La Marque des Bannis" nous plonge dans le monde viking, plus fort, plus loin peut-être que tous les albums précédents. Un univers glacé et glaçant, rude comme l'hiver, magnifié par un excellent Rosinski, au trait précis et au cadrage superbe.

Des pages 3 à 26, l'album est dominé par les femmes. Le courage d'Aaricia, l'amertume de Vigrid, l'affection de Solveig et les pouvoirs de Louve forment les bases du récit. Les femmes vikings avaient un statut particulier à l'époque médiévale. Fières et indépendantes, elles surprenaient les visiteurs étrangers par leur importance au quotidien dans la société viking. Leurs maris partaient en mer pour de longues expéditions, parfois pour plusieurs mois. En l'absence des hommes, les femmes dirigeaient donc le quotidien des villages, et notamment les travaux fermiers. Les plus riches avaient une grande influence.

L'influence de Vigrid est manifeste. Mère et épouse de guerriers, elle est écoutée et respectée. Gardienne des traditions, elle fait partie de ces femmes qui enseignaient aux enfants le respect des ancêtres, des hauts faits d'armes, de la culture viking. Aaricia, un peu trop arrogante, un peu trop moderne, n'aurait pas dû la provoquer. On peut d'ailleurs penser qu'au-delà d'un légitime désir de vengeance, Vigrid profite de cette belle occasion pour écarter une rivale influente, princesse viking, riche héritière, mariée à un homme respecté pour son courage et sa force. La pauvre Aaricia n'est pas douée en politique !

Dans les premières pages de l'album, nous voyons ces femmes dans leurs travaux quotidiens. Une de leurs activités principales était la confection de vêtements : filer la laine ou le lin, tisser à l'aide de métiers à tisser verticaux, tailler les vêtements, les coudre, les teindre, les broder, les parer de fourrure...
Toujours dans ces premières pages, on peut détailler le vêtement traditionnel de la femme scandinave. Elle est couverte d'une longue robe de laine, sur laquelle elle porte une robe-chasuble plus courte, maintenue par deux fermoirs ovales appelés fibules. Les femmes mariées portaient des coiffes en lin (en soie, parfois). Les coiffes, robes, tuniques étaient souvent rehaussées de broderies aux formes géométriques.

La femme viking aimait se maquiller... l'homme aussi ! L'homme affectionnait particulièrement le khôl, mélange noir de minéraux et de graisse, qu'il se passait sur les paupières pour avoir un regard envoûtant... Hommes et femmes portaient des bijoux : bracelets, colliers, pendentifs ou anneaux, en métaux précieux ou non, en perles de verre, en os pour les moins riches.

Nous découvrons Louve dans cet album. Jolie et mystérieuse, on retrouve beaucoup de son père dans son calme et dans ses attitudes. Malheureusement, après cet album prometteur, son personnage sera peu utilisé par la suite dans la série, à part dans "Arachnéa".

Dans la seconde partie de l'album, les hommes dominent à leur tour le récit. Le courage de Jolan, l'ingéniosité de Darek, la trahison d'Erik, la fourberie d'Arkadès et du marchand d'esclaves byzantin sont cette fois les moteurs de l'action. On découvre le nouvel homme fort des Vikings du nord, Gunnar, dont la reconnaissance sera l'indispensable clé d'un éventuel retour au pays de Thorgal et des siens.
Deux touches féminines, quand même, dans ce passage. La cruauté de Kriss, bien sûr, qui fait une fois encore des ravages. Et la fraîcheur de la jeune Lehla, premier frisson dans le coeur de Jolan !

Le bannissement subi par Aaricia et les enfants est le châtiment ultime de la loi viking.
Les crimes étaient jugés publiquement lors de l'assemblée du thing. La peine de mort était rare et réservée à des crimes particulièrement odieux : viols, ou meurtres "honteux" (pendant le sommeil par exemple). Il n'y avait pas de prison : en général, la victime percevait une amende en dédommagement (en argent ou en nature). Dans les cas plus graves, le coupable pouvait être banni temporairement, pendant quelques années, avant de pouvoir rejoindre son clan. Le point négatif de cette sentence est que le puni l'appliquait lui-même, et pouvait rebâtir sa vie ailleurs ! On connaît le cas célèbre d'Erik le rouge qui, banni d'Islande en 982, partit avec quelques centaines d'hommes et fonda le Groenland...
Aaricia et les enfants ne sont pas bannis : ils sont proscrits. Privés de tous leurs biens, ils sont abandonnés dans la forêt. Personne n'a le droit de leur venir en aide (Solveig risque gros) ou même de leur parler. Ils peuvent être tués par n'importe qui, être réduits en esclavage... Aux yeux de la société viking, ils n'existent plus.

La suite dans "La Couronne d'Ogotaï"...


L'expression publique et sauvage de la justice, de la loi.

« Pourquoi t'obstiner, Jolan ? Tout ce que nous y gagnerons,
c'est de nous retrouver esclaves avec les autres.
- Parce que Thorgal l'aurait fait, lui ! »

Darek / Jolan


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